• reflexion rockabilly

    c a fait déjà plusieurs années qu’on le pressentait.

    A des détails, des riens du tout. Une contrebasse qui apparaît de ci de là. Un film qui cartonne avec Reese Witherspoon et Joaquin Phoenix, et qui raconte juste un tout petit bout de l’histoire. Ces livres qui recommencent à se fourguer, et pas uniquement sur les tréteaux bon marché des brocantes de banlieue. Des bios qui ressortent. Des bios qui s’écrivent !

    A tous ces grains de sable qui n’étaient certes pas suffisants pour enrayer la jolie machine à faux semblants, mais la faisaient crisser un peu.

    Et puis, parfois, le temps subit une accélération. Oui, même en musique, il arrive que le temps s’accélère. Comme un hiver qui a campé trop longtemps sur nos rives, et se retire en une nuit pour rejoindre ses futures pénates au sud du globe. Un brutal et réjouissant come back du printemps. Et, avec lui, promesse des fruits à venir, la floraison, avec lui, gage de la fenaison, la germination.

    Oh ce n’est pas que les graines ne poussaient pas de ci de là. Elles l’ont toujours fait et quel que soit le temps elles continueront. Des décennies que ça dure, on ne voit pas ce qui pourrait changer les choses.

    Mais, voilà. Depuis deux ans à peu près, le printemps s’est subitement installé, faisant suite à une bien trop longue saison froide. Bien trop froide.

    Et les signes du réchauffement se sont multipliés. D’Irlande, de Suisse ou de France. Du rock’n'roll originel, quelques artistes et groupes nouveaux (ou pas tout à fait) ont su tirer la moelle pour créer, avec leur culture propre, leurs appétences, un néo rock’n'roll, un rockabilly du 21e siècle. Ils s’appellent Imelda May, la dublinoise dont la voix brisée évoquera aussi bien le chant de la sainte battue que le beugle de la mère maquerelle des bars louches ; ils se nomment Hillbilly Moon Explosion, suisses traçant avec persévérance un chemin entre fifties et sixties et pleinement d’aujourd’hui, où il n’est pas seulement question de cadillac rimant avec heart attack, mais aussi des légitimes interrogations d’une fille devant les reculades répétées d’un joli garçon (Johnny Are You Gay ?) ; et ils sont français aussi, entreprenant, non sans une réussite certaine, de mettre le rock’n'roll à la sauce Molière (et inscrivant au panthéon des titres francophones le texte essentiel sur le rôle social des pantalons). Artistes, pris au hasard d’une actualité plus vaste sans doute, au sein de laquelle j’aurais tout aussi bien pu mentionner la fratrie Kitty, Daisy and Lewis, gamins encore un peu scolaires mais dotés de l’attitude. Mais, ayant tous plus ou moins réussi, même si c’est à des degrés divers, ce cross over essentiel qui consiste à amener un public, qui n’y est pas nécessairement préparé par de longues et répétées séances d’écoute transie de nos héros de toujours, à danser sur du rock’n'roll roots et vintage.

     

    Tony Marlow et Lady Flo

    Tony Marlow et Lady Flo

    Et alors, enfin, les loups, cachés depuis trop de temps dans leurs tanières, éloignés des villes hype, léchant leurs plaies entre eux, à l’écart des lumières depuis des années (des décennies ?), se réchauffant au fond de leurs bois reculés, enfin les loups ont réinvesti les villes. Concert après concert. En la mairie du 14e un dimanche d’automne. Comme en La Boule Noire, un soir caniculaire de fin juin 2010. Ce festival Rockers Kulture, où soudain, la horde pacifique des rockers envahissait les boulevards, comme aux plus beaux jours du Bus. Sous la férule de Tony Marlow, l’ex Rockin’Rebels, dont la Gretsch en bandoulière sera toujours prête à dégainer, pour peu que le saloon soit accueillant, les filles accortes et la bière dévergondée (ou l’inverse). Ah, Tony Marlow, il mériterait à lui seul un développement sur un surlignage entier, tant il porte cette aventure du renouveau du rockabilly français à la fin des années 70, tant il est emblématique de ces cool cats qui n’abandonneront jamais. Ne désespérons pas d’ailleurs de le convaincre, à l’occasion, de nous accorder un meeting autour de son passé et de ses projets.

    Alors aujourd’hui ? Aujourd’hui que les bases sont de nouveaux posées, vont-ils enfin cueillir les fruits de leurs efforts, tous ces rockers ? Pourra-t-on enfin dire, lorsque nous ferons le bilan 2011 que cette foutue année aura été rock’n'roll ? Ce texte n’est rien de plus qu’un manifesto pour qu’il en soit ainsi. Rien de moins, non plus. Pas dec’ quand même !

     

    Alan Freed ("inventeur" du mot rock'n'roll)

    Alan Freed ("inventeur" du mot rock'n'roll)

    Mais au préalable, ne serait-il pas plus que nécessaire de céder aux sirènes de la mode politico-médiatique et d’acquérir quelques éléments de langage, ou de discours comme l’on voudra, enfin, vous savez bien ces mots, ces phrases que les journalistes et les hommes et femmes politiques s’échangent sur les plateaux, après se les être faits livrer par les spécialistes de la communication boisée ? Sauf que, à Interlignage, on ne manie pas la langue de bois, monsieur !

    C’est qu’il y en eut, de ces glissements sémantiques qui amènent madame Dupont à ne plus guère savoir de quoi il retourne exactement lorsque l’on évoque devant elle le festival de rockabilly de Sainte-Ménétrève-les-Trois-Boulots, un must à ne manquer sous aucun prétexte (et pourtant Mme Dupont se tient encore un peu au courant, la preuve, il lui arrive de venir lire Interlignage).

    Il fut un temps où tout était facile. En apparence du moins ! Alan Freed se mit à passer sur sa radio des disques de jeunes blancs-becs du sud, qui mixaient leurs racines country honky tonk avec les rythmes du boogie et du rythm and blues que des artistes et créateurs noirs d’exception jouaient déjà depuis des années, et il décréta que cela s’appellerait du rock’n’roll ! Il ne fut pas, du reste, le réel créateur de ce terme, déjà employé dans nombre de chansons dès la fin des années 40. Un certain Hardrock Gunter (qui n’était ni germain, ni hard rockeux, sinon il se fût appelé Scorpion) est peut être celui qui le premier qualifia ainsi sa musique, plusieurs années avant que Sam Phillips ne comprenne que l’histoire était en train de s’écrire sous ses yeux.

    Puis, vint l’invasion anglaise du début des années 60 qui s’engouffra dans le reflux de cette première vague finissante, après qu’Elvis notamment, fut revenu, bien assagi et fort cornaqué par le Colonel Parker, de son séjour allemand sous la bannière étoilée.

    Hardrock Gunter (le premier à qualifier sa musique de rock'n'roll)

    Hardrock Gunter (le premier à qualifier sa musique de rock'n'roll)

    Alors, le rock’n’roll céda la place à ce qu’on ne savait nommer, mais que bientôt l’on décida de qualifier de pop music. Ainsi, très vite, tout fut pop music (des Beatles aux Yardbirds, des Doors à Love), sauf ces rythmes pionniers qu’on installait déjà sur les rayons de la nostalgie chez les disquaires, et que l’on appelait rock ! Lennon faisait de la pop, même s’il était influencé par Chuck Berry ou Buddy Holly qui eux pratiquaient le rock ! Dichotomie simpliste qui ne put survivre à l’apparition des premiers revival, come-back et irruption des pré punks. De jeunes gens foncièrement sauvages claquaient sur leurs six cordes des riffs qu’on ne pouvait décemment plus qualifier de pop. Les Stooges, de la pop ? Allons donc ! A eux désormais, l’étiquette rock, on donnerait aux grands anciens l’antique mot crée par Freed ou Gunter : rock’n’roll.

    Mais que vouliez-vous qu’il advînt ? Chacun se devait de choisir son camp, alors qu’arrivait le milieu des seventies et que le mot de rock envahissait tout les styles (progressive rock, folk rock, krautrock…, que ce fût de la merde ou du rata, que ce fût comestible ou pas, on nous gavait de rock, nous allions tous devenir enfants du rock). Alors oui, dans ce brouillard, il fallait bien choisir son camp ! Johnny Thunders ou les Eagles ! Little Bob Story ou Elton John. Il y aurait donc le rock’n’roll, pur, payant son dû aux musiques adolescentes des années 50, 60 et même 70, et il y aurait le reste, cette large soupe rock, prête à envahir la FM dès qu’elle se libèrerait. C’est à ce moment là, mes frères, que les derniers des Mohicans, ceux qui vouaient un culte sincère et quasi exclusif à Gene Vincent comme aux frères Burnette, redécouvrirent ce nom qui venait de loin. Du fond des Appalaches, le nom du plouc, le billy. Ce terme employé dès le début des années 50 : le rockabilly (comme il y eut aussi le hillbilly). En une volonté sémantique d’afficher une pureté cristalline et une foi sans faille dans les trois accords. Religieux ? Oui. En quelque sorte.

    Oh, bien sûr, et ils le savaient tous, chaque groupe qui naissait dans cette fin des années 70 et ce début des années 80, et qui bénéficiait de l’énorme sillage que creusaient les Stray Cats, avait sa propre approche. Qui jouait du hillbilly boogie, qui du rythm and blues classique, qui du pur honky tonk, qui du rockabilly sauvage et Burnettien… Tous différents, mais tous communiants à cette même eucharistie frénétique : le rockabilly était de retour. Un mot qui regroupait.

    Un mot qui revient.

    Aujourd’hui.

    SUPERB/E ARTICLE Thierry Beauregard

    http://interlignage.fr/2011/01/rockabilly-manifesto-lannee-2011-sera-country-hillbilly-rythm-and-blues-bop-rockabilly-bref-elle-sera-rocknroll-ou-ne-sera-pas-et-ce-nest-pas-une-foutue-prophetie-inca/

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