EXTRAIT D UN TEXTE QUI M A PLU de 2010
La plus grande voix d'Amérique (selon John Lennon) est morte et sa mort prématurée fera l'effet d'une bombe, d'abord aux États-Unis, puis dans le monde entier. On parlera d'overdose, d'assassinat, de mort déguisée et même de fausse mort.
Le 18 août, le corps d'Elvis a été exposé à Graceland. On estime entre 50 000 et 100 000 personnes venues rendre un dernier hommage à Elvis.
Le 19 août, Elvis a eu des obsèques dignes d'un chef d'État.
Des funérailles intimes ont été célébrées par le célèbre télé-évangéliste Rex Humbard à Graceland dans la salle de musique située près du salon. Des chants gospels ont été interprétés dont How Great Thou Art et Sweet, Sweet Spirit. Sa dépouille "royale" a été transportée de Graceland dans un corbillard blanc et argenté flanqué de six motards de la garde républicaine le long de son boulevard, le Elvis-Presley Boulevard de Memphis en direction du Forest Hill Cemetery de Memphis. Le corps d'Elvis a été déposé dans une crypte. Cependant, pour des questions de sécurité, sa dépouille q été transférée, le 3 octobre 1977, sur le terrain de Graceland.
Ainsi, le "King" repose à Graceland au milieu des siens ; sa mère Gladys morte en 1958, son père Vernon mort en 1979 et sa grand-mère paternelle Minnie-Mae Hood décédée en 1980. Selon le site web officiel d'Elvis, Graceland est visité par plus de 600 000 personnes chaque année.
Comment inhumer un dieu vivant ? Comment la plus grande voix d'Amérique pouvait-elle simplement disparaître ? Parmi les mythes fondateurs de l'Amérique contemporaine la mort d'Elvis s'inscrira rapidement parmi les théories de la conspiration, comme celle de John Kennedy et de Marilyn Monroe. Statistiquement, en 2005, 24 % des Américains interrogés sur la question dans un sondage du USA Today estimaient qu'Elvis n'était probablement pas mort. L'immense culte de la personnalité qui s'ensuivra et sa persistante influence sur la musique des années 2000 prouveront en quelque sorte son immortalité. Cette sacralisation, gérée par son ex-épouse Priscilla et sa fille Lisa-Marie, rapporte désormais d'immenses dividendes : Elvis Presley Entertainement qui administre, parmi des dizaines de produits dérivés, le mausolée pittoresque qu'est devenu Graceland a déclaré en 2007 les revenus posthumes les plus importants (près de 280 millions US) attribués à un artiste depuis sa disparition. Et Graceland demeure, entre le Capitole, le Grand Canyon et la Statue de la Liberté, une des attractions touristiques les plus fréquentées d'Amérique, le monument historique le plus visité après la Maison blanche. Au-delà de la mort le King reste toujours... le King.
Elvis Presley est largement considéré comme la personnification du rock and roll : sa voix, sa musique, sa gestuelle provocatrice, ses habitudes vestimentaires excentriques, ainsi que son parcours (célébrité fulgurante, descente aux enfers et mort prématurée) contribuent à forger l'icône d'Elvis à la fois idole populaire et symbole d'une certaine rébellion adolescente. Elvis peut être considéré comme le principal acteur de la popularisation du rock and roll auprès du grand public blanc américain puis européen. En effet, si le jazz avait déjà associé étroitement musique et sexualité, et si plusieurs interprètes blancs étaient aux côtés d'Elvis dans son rôle de pionnier du rock (par exemple, Bill Haley), Presley est le premier blanc à associer le sex-appeal (un physique avantageux, des inflexions de voix et des mouvements du bassin très suggestifs) à la nouvelle forme de musique, tout en y ajoutant un son plus dynamique et plus percutant issu des studios Sun de Memphis. Bien que considéré comme choquant par la frange conservatrice américaine, il contribue à rendre acceptable le genre musical et ouvre ainsi la voix de la reconnaissance à de nombreux artistes noirs, tels Chuck Berry, Bo Diddley et Little Richard, ainsi qu'aux rockers blancs, tels Buddy Holly et Jerry Lee Lewis.
Sa popularité, en particulier auprès des adolescentes, atteint des sommets inédits et ses concerts et ses apparitions en public donnent lieu à des mouvements de foule. Le succès d'Elvis auprès des jeunes, dont le pouvoir d'achat est grandissant, dicte la mode non seulement musicale, mais également capillaire ou vestimentaire. C'est un véritable phénomène de société.
C'est principalement grâce à Elvis Presley que l'Europe découvre le rock, même derrière le rideau de fer. Cliff Richard s'en inspire et devient la plus grande star du Royaume Uni, et John Lennon lui-même a avoué que "s'il n'y avait pas eu un Elvis, il n'y aurait pas eu les Beatles". En France, Dick Rivers copie Presley, mais c'est surtout Johnny Hallyday qui popularise cette musique venue d'outre-Atlantique, devenant la vedette qu'il est encore aujourd'hui. Presley ouvre la voie à de nombreux rockers américains qui vendent leurs disques en Europe et y font des tournées. Les adolescents du monde entier commencent à copier la coiffure d'Elvis et la demande pour les transistors augmente énormément, permettant ainsi à Sony de passer du statut de petit fabricant japonais de radio à celui de multinationale.
Aujourd'hui, 30 ans après la mort du rocker, il demeure une icône du XXème siècle. D'innombrables artistes de la seconde moitié du siècle se définissent par rapport à son influence, soit en revendiquant son héritage, soit pour le rejeter comme symbole d'une musique dépassée (en particulier à partir du mouvement punk). L'artiste Elvis Costello a, par exemple, emprunté le prénom Elvis pour faire décoller sa carrière. Le crooner pop Chris Isaac en est aussi la personnification directe. En France, le chanteur rockabilly Jesse Garon a emprunté son nom de scène à celui du frère décédé d'Elvis et le rockeur australien Nick Cave a consacré l'une de ses plus puissantes chansons (Tupelo) à la mythification d'Elvis. Le King a déclenché aussi dans plusieurs pays, et en particulier dans la francophonie, une avalanche de clones plus ou moins crédibles dont parmi ceux qui lui ont survécu ou en ont été influencés profondément : Johnny Hallyday, Dick Rivers, Eddy Mitchell bien sûr, parmi des centaines d'imitateurs, n'en sont pas les moindres.
Mentionnons aussi que le groupe californien Dread Zeppelin avec son leader Greg Tortell (alias Tortelvis) personnifiant et parodiant Elvis jusqu'au ridicule (distribuant foulards et colliers hawaiiens dans la foule lors des concerts), a connu une fructueuse carrière durant les années 1980. Enfin, remarquable hommage, le groupe U2 a enregistré sur l'album The Unforgettable Fire, en 1984, la très belle chanson: Elvis Presley And America. Sans oublier certains imitateurs américains dont Jimmy "Orion" Ellis (1945-1998) et Doug Church dont les voix rapprochent énormément celle d'Elvis.
Elvis connaît aussi un regain de popularité lors de la coupe du monde de football de 2002 lorsque Nike utilise un remix de sa chanson A Little Less Conversation comme fond sonore d'une publicité mettant en scène des vedettes internationales de football. Ce morceau devient numéro 1 dans plus de 20 pays, y compris aux États-Unis. À peu près au même moment, sort une compilation qui se terminera en deux volets, des plus grandes chansons d'Elvis : Elv1s 30 #1 Hits. Le remix est ajouté à l'album comme 31ème morceau, juste avant la sortie du CD en octobre 2002. 25 ans après sa mort, l'album qui regroupe ses tubes et dont la restauration sonore est rien moins que phénoménale, atteint la première place des classements.
Parmi ses nombreuses réussites, Elvis est l'un des deux chanteurs, avec Roy Orbison, à avoir eu simultanément deux albums dans le Top 5 des classements de ventes d'albums. Il fait partie du Rock and Roll Hall of Fame, du Country Music Hall of Fame et du Gospel Music Hall of Fame.
En 1997, le tout premier concert virtuel d'Elvis voit le jour. Intitulé "Elvis The Concert", ce spectacle présente Elvis sur grand écran et ses musiciens des années 1970 réunis sur scène. Le tout est synchronisé par ordinateur. Ils feront des tournées dans le monde entier. C'est un vœu exaucé pour Elvis, car il voulait donner des concerts à l'extérieur des États-Unis. Il n'a jamais pu réaliser son rêve, parce que le colonel Tom Parker voulait concentrer ses efforts sur Las Vegas et les tournées américaines qui lui rapportaient des millions chaque année.
L'illusion est parfaite. Le concert est dirigé par Joe Guercio avec la participation du TCB Band, des groupes vocaux The Sweet Inspirations et The Imperials. Les images vidéos d'Elvis proviennent du NBC '68 Comeback Spécial, du concert satellite Elvis: Aloha from Hawaii, ainsi que les concerts filmés de la MGM, That's the Way It Is (1970) et Elvis on Tour (1972). Le concert a été testé aux États-Unis en 1997 et 1998 avant d'être présenté en Europe en 1999.
Les Manics ont été fascinés par la mort d'Elvis ; un de leurs livres préférés était Elvis: the last 24 hours de Albert Goldman. La principale thèse de ce livre est que la douleur interne d'Elvis a pu le pousser à se suicider.
Elvis Impersonator: Blackpool Pier parle des hommages à Elvis Presley tenus dans des stations balnéaires en Angleterre, telles que Blackpool. Cela symbolise la croissance de la culture américaine en Grande Bretagne.
James Dean Bradfield a repris avec Tom Jones la chanson d'Elvis I'm Left, You're Right, She's Gone
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