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Avec un casting de fou
Asteroid City

Wes Anderson fait donc une fois de plus du Wes Anderson. Puissance mille. Le cinéaste multiplie ses vignettes plastiquement sublimes, d'une maitrise parfaite, et sa direction artistique est phénoménale (décors kitsch et cadres symétriques). Mais encore plus que dans The French Dispatch, son délire miniaturiste empêche finalement la vie de jaillir de ses cadres. Malgré le défilé des stars, malgré la présence des enfants - qui comme dans Moonrise Kingdom perturbent son dispositif et nourrissent ici la mélancolie de la famille et de la maison - son cinéma est plus que jamais enfermé dans des obsessions qui tournent à vide et ne produisent plus aucune émotion.
Un alien tentera bien de faire dérailler son petit train (train) nostalgique et compassé, mais en vain. Pire, en revisitant l'histoire du cinéma et du théâtre américain des années 50, Anderson s'enferme dans des références et des échos aussi obscures qu'indéchiffrables et laisse le spectateur définitivement sur le bord de la route. On se demandait récemment dans les pages du magazine si les films du cinéaste n'étaient pas en train de devenir des "filtres "bonbon sucré" Instagram pour branchés en manque de tendances" ? Asteroid City n'invite pas vraiment à la clémence...
L'absurdité d’Asteroid City peut irriter. Wes Anderson joue de cette provocation narrative pour bousculer les conventions et les spectateurs qui attendent les nombreuses stars du film. Mais ils risquent de cauchemarder en subissant ce que répète à loisir un des personnages du film : "je ne comprends toujours pas la pièce". Lieu d'un cratère, d'un trou, la ville qui donne son titre au film, Asteroid City, est construite sur du vide. Comme le film est dénué de narration et de dramaturgie en enchaînant des numéros, des tableaux, sans intrigue ni lien, extraterrestre compris.
Si l’on peut aimer ce genre subtil, il a aussi ses limites, et frôle ici le nombrilisme, voire le cynisme d’un entre-soi clivant. On reconnaîtra la mise en images sophistiquée et chatoyante d’Asteroid City, nostalgique et caricaturale de l’âge d’or des années 50 américaines. Le glamour de la distribution et l’humour décalé qui le traversent charment par moments. Mais le film risque de provoquer ce qu’un spectateur irrité a lancé en fin de projection à Cannes où le film était en compétition : "je n’irai plus jamais voir un film de Wes Anderson".